lundi 31 décembre 2007

Musique superstar vous présente ses meilleurs voeux pour 2008 *


Et voilà, on y est, 2007 s'achève et 2008 pointe le bout de son mois de Janvier. A venir, encore un peu plus de docs et d'analyses dédiés à l'industrie musicale et à ses mutations. Le rythme des posts devrait s'accentuer dans les semaines à venir. Il n'est pourtant pas question d'inonder le blog de mini posts pour détailler l'actualité du monde de la musique, ce n'est pas l'objet de ce blog, mais de continuer de prendre le temps d'analyser les mutations profondes et l'avenir de cette industrie.
Une fois n'est pas coutume et parce que le plus important reste la musique en tant que telle, je me permet de vous faire part de l'album qui tourne en boucle sur ma platine: le très surprenant "Spiderman of the ring" du geek de Baltimore Dan Deacon. Allez faire un tour sur son myspace, vous ne le regretterez pas. Le bonhomme est également à découvrir en Live. Je l'ai vu dans les pires conditions aux Trans et il a pourtant réussi à me retourner les tympans. Que du bonheur je vous dit... quoi !!! vous êtes encore là !!!!! allez-y !!!!!!!

mercredi 19 décembre 2007

Xange PE investit dans Believe (quand on parle du loup...)


Je ne résiste pas au plaisir de publier cette info du mercredi 19 décembre 2007 lue sur le site des echos qui va complètement dans le sens de ce que nous exposions hier (Post: Musique et PE, amis?).
A savoir des investissements privés qui tendent à se concentrer dans les aggrégateurs et distributeurs numériques de musique. La levée de fond concerne la société Française Believe leader indépendant sur le marché Français et s'élève à 2 millions d'Euros. La société d'investissement Xange est Française (une fois n'est pas coutume) ce qui montre peut être un intérêt grandissant des investisseurs de l'hexagone pour les sociétés musicales, même si encore une fois, il ne s'agit pas ici de contenu mais de distribution numérique. La levée de fonds est très intéressante puisque celle-ci va dans le sens d'un développement à l'international de Believe qui pourrait ainsi concurrencer l'américain IODA (présent également sur le marché britannique) ou l'allemand Zebralution.
dans tous les cas, il est à noter l'arrivée de Xange parmi les quelques investisseurs privés Français de l'industrie musicale tel Iris capital ou Sofinnova partners.

Pour en savoir plus:*
L'article des échos dont est tiré ce post: "Believe sort sa griffe de label de musique numérique à l'international"
http://www.lesechos.fr/info/innovation/4648530.htm

mardi 18 décembre 2007

Music Business : Musique et Private Equity, Amis ? *


Nous mettions en avant dans un précédent post intitulé « Pourquoi les banques ne prêtent pas aux labels indépendants ? » la nette diminution des avances délivrées par les distributeurs (majors et gros indépendants) aux labels de musique d’où la nécessité pour ces labels de se tourner vers d’autres sources de financements. Nous mettions alors en évidence l’incompétence des outils traditionnels comptables pour refléter la santé financière d’un label de musique. Néanmoins, il semble qu’il existe des sociétés d’investissement privé prêtes à investir dans des entreprises musicales. Quelles sont ces sociétés ? Dans quels domaines portent leurs investissements ? Ces investissements vont-ils remplacer progressivement les avances des distributeurs et par la même doter les artistes d’une véritable liberté quant au choix de leur stratégie marketing ? Telles sont les questions auxquelles nous nous proposons de répondre ici.

VC et PE : kezako ?*
Tout d’abord, présentons le pourquoi et le comment de ces mystérieux investisseurs privés. On les appelle des VC (venture capital) firms ou PE (private equity) firms, ce sont des sociétés qui prennent une participation au capital d’autres sociétés, et qui participent à leur management. Leur intérêt est simple, faire des bénéfices. Soit la société d’investissement tente d’augmenter la valeur de la société pour ensuite revendre ses parts et réaliser ainsi une plus-value, soit la société reste actionnaire de la société investie et prélève logiquement en tant qu’associé sa part sur les bénéfices (ou les pertes). Ces investissements peuvent intervenir à différents stades de développement d'une société. Aux côtés de ces VC et PE firms, on peut également trouver des réseaux de Business Angels, des cercles d’affaire qui agissent de la même façon que les PE et VC mais sur des montants bien moindres. Néanmoins, les réseaux de BA spécialisés dans l’industrie musicale sont très peu nombreux pour ne pas dire inexistants.

Un big PE deal : EMI et TERRAFIRMA *
Pour mieux comprendre de quoi il retourne je vous propose le dernier gros exemple en date, la prise de participation du groupe Américain Terrafirma dans le géant Britanique EMI music group au nez et à la barbe de Warner. Ici, l’objectif du groupe est clair. Acquérir une Major en perte de vitesse à prix bas, procéder à de nombreux investissements et changements stratégiques pour ensuite revendre la bête beaucoup plus chère. Mais, me direz-vous, en quoi ce gros deal me concerne-t-il moi indépendant ? En effet, le gigantisme de la transaction n’a pas grand-chose à voir avec les investissements privés plus « classiques » réalisés dans l’industrie musicale.

KI investit dans KOI ? *
Un rapide tour d’horizon des portefeuilles des VC firms répond assez vite à la question. Les sociétés d’investissement investissent peu dans les sociétés musicales, ces quelques sociétés sont avant tout britanniques et investissent principalement... je vous le donne en mille... dans des sociétés britanniques!!!! L’avance prise par les Britanniques dans l’investissement privé dans le contenu est très facile à expliquer : la Grande-Bretagne est le temple de la transaction financière et les sociétés d’investissement sont extrêmement nombreuses. De plus, l’AIM (l’association des labels indépendants Britanniques) a pris très vite en considération ces possibilités de financement privé et organise des Big Wednesday, où Investisseurs privés et Entreprises musicales peuvent se rencontrer.
Cependant, les investissements ne portent que très rarement sur le contenu (labels et éditeurs musicaux) mais sur ses à-côtés (nouvelles technologies, distribution digitale). Ainsi, parmi les bénéficiaires de ces investissements on peut noter la présence des plateformes digitales 7digital, Vitaminic, ou Music Brigade, les outils de recherche internet Ricall, Apach Network’s All Music Box, ou Bebo, et des sociétés spécialisées dans la musique associée aux mobiles telles Spodtronic, ou Shazam entertainment. Notons également la très innovante société Française MXP4 (inventeur de la musique interactive) qui a réussi une très intéressante levée de fonds auprès des sociétés d’investissement Sofinova et Ventech.
Pour ce qui est des investissements dans le contenu musical, il est à noter que les investisseurs ont une nette préférence pour les éditeurs musicaux (la santé du secteur n’est plus à prouver) tels Stage 3 music ou Boosey and Hawkes. Les investisseurs privilégient également les producteurs de contenu dont la réputation n’est plus à faire et dont l’activité ne consiste pas seulement en la production de contenu mais également en la distribution physique et la production et la distribution de contenu audio-visuel (Castle music, Naïve, Eagle Rock entertainment ou Ministry of Sound par exemple).
Si les VC n’investissent que rarement dans l’industrie musicale dédiée au contenu, il est à noter l’émergence de fonds spécialisés dans le contenu musical au premier rang desquels le britannique Ingenious Media plc. La société gère aujourd’hui deux fonds dédiés au contenu musical : le fonds music VCT1 (£15m) et le fonds music VCT2 (£26m). Les investissements de la société consistent en la réalisation de Joint Ventures aux côtés de labels indépendant pour développer des projets d’albums précis (dernier album de Prodigy ou Peter Gabriel par exemple) dans lesquels la société investit en moyenne £2M. Les labels indépendants bénéficiaires sont par exemple : Cooking Vinyl, High level recording, IE music, GR8 pop, Kuba music, ou Independiente.
Notons enfin, que Ingenious ne réalise pas seulement des investissements dans le contenu musical, la création de deux fond dédiés aux festivals et salles de concerts (Live VCT1 and 2) montre que la société a parfaitement pris en compte les secteurs porteurs de l’industrie musicale.

Des investissements privés pour plus de liberté ? *
Certains en viennent même à penser que ces investissements privés représentent une nouvelle liberté pour leurs bénéficiaires. D’après eux, le système d’aujourd’hui est malsain en ce sens que les apporteurs de fonds sont également les prestataires de service: les éditeurs phongraphiques et distributeurs au premier rang desquels, les majors. Leur pouvoir de négociation extrêmement fort ne tendrait pas à maximiser la qualité des prestations (marketing, communication). Le financement privé, il est vrai, permet enfin la réalisation de la dualité client, fournisseur de service, mais les intérêts des investisseurs privés valent-ils vraiment mieux que ceux des distributeurs majors et indépendants ?

Pourquoi si peu d’investissements privés dans le contenu musical ? *
L’investissement privé dans le contenu musical est encore marginal en Europe, et ce même en Grande-Bretagne où l’investissement privé est très utilisé dans les autres secteurs. La crise de la musique enregistrée peut aisément expliquer ce comportement des financiers mais pas seulement. Les secteurs musicaux bénéficiaires d’investissements ne sont pas sans rappeler les critiques que nous faisions à la Long Tail de Chris Anderson sur ce blog, à savoir une évolution de l’économie musicale dans le sens des distributeurs et plateformes numériques mais pas dans le sens des producteurs de contenu.
Une autre explication peut être avancée sur le faible niveau des investissements privés dans le contenu musical, il peut s’agir de l’ignorance des acteurs indépendants de l’industrie musicale de ces sociétés d’investissement privé. En effet, une étude britannique montrait que seulement 3% des PME de l’industrie musicale avaient déjà demandé des financements privés.
Enfin, il est possible que les montants des transactions dans l’industrie musicale soient trop faibles au regard des préoccupations des PE et VC à l’exception des transactions portant sur les majors du secteur.


Pour en savoir plus :*

Un rapport passionant sur le recours au financement privé des PMEs de l’industrie musicale britannique.
DCMS :Department for Culture, Media and Sport SME Music Businesses: Business Growth and Access to Finance Final Report , 5 April 2006
http://www.culture.gov.uk/NR/rdonlyres/76D31D34-6F7D-4A8B-8C27-01B898D829D2/0/MusicBusinessSurvey.pdf

Le site internet de LA société d’investissement spécialisée dans le contenu.
Ingenious media website
http:// www.ingeniousmedia.co.uk

lundi 29 octobre 2007

Pourquoi les banques ne prêtent pas aux labels indépendants ? *


Un post un peu technique sur ce blog mais qui mérite qu'on y prête attention. Un rapport publié par le ministère de la culture en Mars 2004 et intitulé "Le financement de l’industrie du disque" pointe les défauts des outils comptables pour refléter la santé financière réelle d'un label de musique. Pour son auteur, Antoine Cocquebert, ces défauts empêchent les labels de musique d'accéder au financement bancaire. Ce post tente de reprendre les principaux points du rapport et de les rendre audibles.

La compta pourquoi? *
Comme l’affirme Antoine Cocquebert, « la comptabilité reste, et restera sans doute (…) une méthode de communication, voir un langage, destiné à traduire au mieux la situation patrimoniale et l’activité de l’entreprise» , une méthode de communication dont les principaux destinataires sont les banques et ce d'autant plus que les nouvelles contraintes des majors liées à la crise du secteur les incitent de moins en moins à délivrer des avances aux labels indépendants ce qui poussent logiquement les entreprises indépendantes à trouver une nouvelle source de financement. Elles sont donc de plus en plus amenées à se financer auprès des établissements bancaires. Or,jusqu’à maintenant, leurs relations ont été plutôt mauvaises et marquées par une quasi-absence d’interventions, celles-ci étant très limitées tant dans leurs modalités que dans leurs montants. En effet, il semble très difficile pour un financeur potentiel de pouvoir appréhender, à partir des seuls outils comptables, la santé réelle d’un label de musique. Ces informations nécessitent un retraitement coûteux pour les banques.
Les décisions des banques et des investisseurs s’appuient en grande partie sur l’analyse des bilans et comptes de résultats qui apparaissent très limités dans leur capacité à rendre compte fidèlement de la santé financière d’un label de musique .

Le Bilan *
Au lacunes intrinsèques au bilan (simple photo du patrimoine d'une société) viennent s’ajouter celles propres au métier du disque.
En effet, la réglementation comptable actuelle ne permet pas la réévaluation des immobilisations incorporelles que constituent les catalogues. Ceux-ci se déprécient très rapidement. Faut-il en conclure que la nouveauté a une forte valeur et qu’à l’inverse l’ancienneté serait en terme de valeur proche de zéro ? Cette approche « jeuniste » nous amènerait à conclure que le premier album des Beatles n’a aujourd’hui plus aucune valeur. La situation nette comptable ne prend donc pas en compte la véritable valeur de marché du catalogue et notamment du fond de catalogue.
De plus, l’appréciation de la solvabilité de l’entreprise est très difficile à appréhender au seul regard du bilan.
Le BFR peut varier sensiblement selon la classification choisie pour les avances des distributeurs (de moins en moins nombreuses) et les avances sur redevances non recoupées (avances versées aux artistes dès la signature du contrat non remboursables). Les avances des distributeurs peuvent être classées en « acomptes clients », « produits perçus d’avances », ou encore « autres dettes » alors que les avances sur redevances non recoupées peuvent être classées en « Acomptes fournisseurs » ou en « autres créances ». Notons que les comptes clients et fournisseurs d’un label de musique sont assez atypiques dans la mesure où ce sont les clients (les distributeurs) par leurs avances qui produisent la liquidité pour le financement du cycle d’exploitation alors que les fournisseurs (les artistes) réduisent cette liquidité par les avances qu’ils perçoivent dès la signature du contrat.
L’appréciation de la situation financière d’un label est donc particulièrement difficile au seul examen du bilan. C’est pourquoi les financiers s’appuient aussi sur le compte de résultat.

Le compte de résultat *
Ils fondent alors leur décision sur deux principaux critères : le chiffre d’affaires et la capacité d’autofinancement de l’entreprise. Mais là encore, la présentation classique de ces deux éléments ne permet pas une appréciation pertinente et immédiate :
L’appréciation du chiffre d’affaires est rendue délicate par plusieurs éléments. Tout d’abord, le chiffre d’affaires de l’activité édition et des revenus de licence des producteurs apparaissent parmi les « autres produits » du fait de la numérotation inadaptée du plan comptable professionnel. Ils sont donc exclus de la ligne « Chiffre d’affaires » du compte de résultat. En outre, le chiffre d’affaires fluctue fortement en fonction du type de contrat de distribution (licence ou distribution simple). Quant à l’entreprise, elle peut utiliser d’un exercice à l’autre, un type de contrat différent. Les comparaisons annuelles ou entre entreprises sont donc délicates. De plus, les comptes annuels usuels ne fournissent aucune information sur la ventilation de l’activité entre production, distribution et édition.
Quant à la capacité d’autofinancement, elle correspond au résultat de l’exercice (exploitation, financier et exceptionnel) augmenté des dotations aux amortissements des immobilisations et provisions. L’« Excédent Brut d’Exploitation » (EBE) peut donner la même information mais sans prendre en compte les éléments financiers et exceptionnels. Or, son appréciation est là aussi très délicate. D’une part, la rapidité de dépréciation des avances non recoupées a une incidence. Parfois, elle est comptabilisée en « dotations aux provisions » ce qui n’a pas d’impact sur l’EBE, d’autres fois en « autres charges » ce qui a un impact sur ce dernier. D’autre part, les frais de promotion (de plus en plus importants) sont généralement constatés en charges alors qu’ils pourraient avoir un caractère d’investissement et de ce fait être étalés dans le temps. De plus, le bénéfice ou la perte globale affichés sont étroitement dépendants des méthodes comptables utilisées. Ainsi, dans le secteur du disque, il est difficile de distinguer le résultat d’exploitation et le résultat exceptionnel, ce qui peut régulièrement aboutir à une image variable du résultat affiché. En effet, dans quelle catégorie faut-il inscrire un album qui exceptionnellement se retrouve numéro un au top 50 ?

Ces outils de gestion (bilan et compte de résultat) sont par conséquent inadaptés au secteur de la musique et empêchent les banquiers d’analyser clairement la situation financière de l’entreprise indépendante. La compréhension de cet environnement et la création de nouveaux outils nécessiteraient l’embauche d’un expert capable de présenter de façon pertinente la situation financière de l’entreprise. Mais ces petites entreprises n’en ont pas les moyens.
Les banquiers, de leur côté, sont la plupart du temps désintéressés par ce secteur. D’une part, ils cernent difficilement les contours de cette activité en raison de la variété des métiers concernés, de la complexité disproportionnée des contrats et des flux financiers mais aussi de la diversité des modèles d’exploitation (qui se renforce par le développement des ventes via internet). D’autre part, la disproportion entre la difficulté d’analyse portant sur les labels indépendants et le faible volume des opérations bancaires n’incite pas les banques à délivrer des crédits. C’est pourquoi les entreprises du secteur sont particulièrement sous-capitalisées par rapport à leurs homologues d’autres secteurs. De ce fait, même des labels financièrement sains et présentant des perspectives de développement tangibles n’ont pas suffisamment accès au crédit bancaire.

Pour plus d'information,
le rapport d'Antoine Cocquebert sur "le financement de l'industrie du disque"
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/044000119/index.shtml

lundi 22 octobre 2007

Star system: "le Peer 2 Peer m'a tuer..."*


Comme promis, un article de Gopal, éminant chercheur de l'université de Harvard, au titre provoquant: "Do Artists Benefit from Online Music Sharing?" L'article aboutit à la conclusion suivante: Le peer to peer c'est bien pour la musique, parce que c'est mauvais pour les stars, et parce que c'est bon pour les artistes moins connus.





Hein? Quoi? Comment? Est-ce que j'ai bien lu ? *
Oui, oui et encore oui vous avez bien lu mon bon monsieur. Bien sûr, il est vrai, les technologies de partage sur Internet (Peer to Peer) peuvent apparaître comme des outils qui pourraient nuire aux ventes de musique enregistrée et donc logiquement aux labels de musique. Mais cette merveilleuse petite étude démontre théoriquement et empiriquement que les échanges de fichiers ne constituent pas une menace pour les artistes méconnus, bien au contraire. Ils remettent en cause le star system et permettent aux artistes inconnus d’émerger.

Voler c'est du vol, oui mais pas forcément...*
Gopal nous explique que toute personne a le choix entre trois possibilités : ne rien faire, acheter un produit musical, ou le télécharger. Avant le téléchargement d’un produit musical d’un artiste inconnu, le consommateur ne connaît pas la valeur réelle du produit. Le téléchargement peut lui permettre de fonder sa décision d’achat sur la valeur réelle du produit. Sans téléchargement, cette personne ne l’aurait sûrement pas acheté par peur de voir la valeur réelle de son acquisition inférieure à au prix d’achat.
Dans un deuxième temps, le « téléchargeur » arbitrera entre acheter la chanson, conserver la copie illégale ou l’effacer. Un arbitrage qui va être influencé par la qualité du fichier téléchargé, les services qu’un vendeur légal de musique peut proposer, et la probabilité de condamnation; mais également par la valeur réelle du produit pour l'auditeur (oui le produit c'est la musique, je sais c'est pas bien de dire ça...). Plus la valeur réelle est forte, plus le "téléchargeur" optera pour la décision d’achat du produit. Dans cette optique de croissance, il apparaît évident qu'un label a plus intérêt à augmenter la valeur réelle de son produit plutôt que de tenter en invoquant la législation d’augmenter le coût (au sens économique) du téléchargement. Cette dernière stratégie ne peut attirer de nouveaux consommateurs et ne peut pas facilement être mise en place.

Peer 2 Peer: l'anti Star *
Cette nouvelle façon de consommer nuit plus aux stars qu’aux artistes inconnus, et donc plus aux majors qu’aux labels indépendants. Si le téléchargement est un désavantage pour les stars c’est que les médias traditionnels (TV, radios...) sont au service de ces seules stars et du même coup font connaître au public les œuvres comme leur valeur réelle. Le consommateur a donc un choix plus réduit que précédemment. Il a le choix entre ne rien faire, acheter directement ou pirater directement. Parce que le consommateur connaît déjà (du fait de sa diffusion sur les médias traditionnels) la valeur réelle de l'oeuvre, la possibilité de télécharger cette oeuvre ne peut accroître le public potentiel de l'oeuvre, elle ne peut que permettre le piratage de cette oeuvre. Les quelques effets positifs qui pourraient résulter du partage peer to peer n'existent pas pour les artistes stars.

l'érosion du star system...*
Dans un deuxième temps et pour confirmer cette théorie, Gopal étudie sur 10 ans (de 1989 à 2000) le Top 200 des ventes d’albums et met en évidence une relation entre la présence et le rang d’un artiste dans le classement des ventes, et sa présence antérieure dans le classement et donc de sa réputation passée. Il montre cependant que l’introduction des nouvelles technologies (mp3 en 1997 et P2P en 1999) change la donne. De 1995 à 2000, il constate une multiplication des artistes apparaissant dans le classement et une diminution de la relation entre réputation et présence dans les charts. Gopal l’explique par la diminution du coût de téléchargement causée par l’augmentation du nombre d’utilisateurs d’Internet (augmentation du nombre d’information disponibles) et le développement des outils de partage.
Pour résumer tout ça en quelques mots, les technologies de partage érodent le star system, elles permettent aux consommateurs de juger une œuvre sur sa valeur réelle et non sur sa valeur supposée. Erosion du star system signifie logiquement plus de place pour les artistes moins connus et pour la diversité musicale.

Mea culpa *
Bien sûr, tout ceci peut faire l'objet de critiques, et la chute des ventes de musique enregistrée à travers le monde ne pousse pas à cautionner une telle théorie. Mais tout de même, cette théorie a le mérite d'oser, tout simplement d'oser.

Liens:
L'étude de Gopal "Do Artists Benefit from Online Music Sharing?" par Gopal http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=527324#PaperDownload

mercredi 10 octobre 2007

Au départ il n'y avait rien et puis... "The long tail"



Premier vrai post, sur ce Blog...
Le sujet du jour ? "The Long tail" ou la longue traîne, ou bien encore la longue queue pour certains. C'est LA théorie à la mode (bien qu'un peu dépassée) qui dit en gros que Internet et la musique sont les meilleurs amis du monde... Pourquoi ce nom? Nous y reviendrons plus bas, mais d'abord, c'est quoi la long tail ?

Chris Anderson se tourna vers l'homme assoiffé et lui dit...*
Il semble bien que le marché de la musique enregistrée traverse aujourd’hui une crise ou, pour le moins, qu’il soit sujet à un ajustement douloureux comme pourraient le dire les plus polis d'entre nous. Pourtant certains affirment que les mutations du comportement du consommateur de musique et l’avènement des technologies de l’information avec l’accès croissant à Internet donnent au contraire un nouveau souffle à ce marché. Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired, a donné corps à cette vision avec sa théorie de la « Long Tail ».
Selon cette théorie, la courbe classique de répartition des ventes sur un marché, qui distingue un petit nombre de « best-sellers » et un grand nombre de petites ventes, se déforme avec l’Internet : en proportion, les moyennes et petites ventes représentent une part croissante du total du marché, les « hits » se vendant moins bien. Autrement dit, le marché est de moins en moins déterminé par les seuls « hits », et il devient rentable de produire un grand nombre d’artistes destinés à des publics de niches, qui seront plus faciles à trouver et à toucher sur un marché devenu mondial.

Ô tyrannie du monde physique...*
Pour Anderson, si le 20ème siècle était celui des « hits », le 21ème sera celui des « misses », des chansons moins connues, moins populaires mais qui rencontreront leur public. Ce dernier explique que le marché de la musique a été la victime jusqu’à présent du plus petit dénominateur commun, et que les hypothèses sur les goûts populaires ne sont que les résultats d’une offre musicale pauvre. Face à cette offre pauvre et formatée, la demande s’ajuste, mais cette demande ne serait que le résultat d’un marché où la distribution est inefficiente.
Anderson met ce phénomène sur le compte de la prédominance du monde physique. Il y a en effet un montant de ventes minimum à réaliser pour permettre la rentabilité d’une structure. De ce fait les distributeurs physiques ne s’engageront sur la distribution d’une œuvre que s’ils savent que le produit musical rencontrera une forte demande, ce qui exclut du marché des artistes moins connus. Selon Anderson, le problème réside dans le fait que la tyrannie du monde physique fait d’une audience faible une audience nulle. Ainsi, le monde physique n’offrirait pas suffisamment d’espace pour accueillir toute la musique créée, d’où la prédominance de quelques hits. Mais ce monde serait en voie de disparition.

Un nouveau monde...*
Avec la distribution en ligne, nous entrerions dans un monde d’abondance où la totalité de la musique arriverait sur un marché et rencontrerait une demande, et Anderson d’argumenter que 99 % des 10 000 meilleures références de n’importe quelle boutique de musique en ligne (Netfix, iTunes…) seraient achetées au moins une fois par mois. Les plateformes de téléchargement de musique en ligne découvrent ainsi que les « misses » peuvent également générer de l’argent et donc permettre enfin à des productions musicales moins populaires et moins connues de rencontrer leur public. Ces productions qui rencontreront leur marché de niche sur le marché digital constituent la « Long Tail » (si si ça fait une traîne (ou une queue) regardez le shéma), les quantités de musique vendues par artiste diminuant mais le nombre d’artistes présents sur le marché augmentant dans le même temps.

Et tout ça ne serait qu'illusion ?*
Cependant la théorie de la « Long Tail » connaît de nombreux détracteurs qui mettent en lumière le flou qui entoure l’identité des véritables bénéficiaires de ce nouveau modèle. Ce modèle paraît en effet plus bénéfique aux distributeurs qu’aux producteurs de contenu.
Premièrement, la « Long Tail » impacte négativement la rentabilité et la trésorerie d’un label indépendant. Ainsi, Hervé Rony , Directeur général du SNEP (Syndicat National des Editeurs Phonographiques, oui les majors c'est ça) remarque en effet que « pour un label, en termes de rentabilité et de trésorerie, 20 disques vendus à 50 000 exemplaires et un disque vendu à 1 000 000 d’exemplaires, ça n’a rien à voir ! ». Effectivement ça peut se comprendre...
Ensuite, et c’est ce qui nous intéresse ici, la question se pose de savoir si un marché de niche peut suffire à rentabiliser un investissement dans la production d’un contenu musical. Un rapport de la FING (dont je me suis fortement inspiré pour ce post) portant sur la musique et l’innovation remet fortement en doute le modèle : « Si le niveau moyen des ventes au sein de la « longue traîne » reste très faible, alors beaucoup des enregistrements qui pourraient trouver leur petit public ne seront tout simplement pas produits faute d’investisseurs. Et si les « hits » très profitables sont moins nombreux, les maisons de disques auront moins la possibilité de prendre des risques sur des artistes inconnus". Un argument qui vaut la peine d'être entendu, même si c'est le même qui légitime la "Star Ac" comme financier de Dj Shadow.
En d’autres termes, la Long Tail est une théorie avant tout destinée et adaptée à des distributeurs qui gèrent un stock et/ou de nombreuses références mais pas à des producteurs. L’émergence et la notoriété croissantes de distributeurs numériques tels iTunes, ou plus modestement Bleep, E-music, Vital, ou encore d’agrégateurs de contenus numériques comme Wild Palm, Believe ou IODA n'en sont que la confirmation. Le producteur cède la place aux aggrégateurs... mais dîtes-moi kicéki paye du coup ?

Le prochain post ? sur une théorie très sympas qui nous vient de Harvard et qui dit que l'échange de fichier Peer 2 Peer (de pair à pair en québecois) ne nuit qu'aux Majors... hein? koi? comment?
la suite au prochain épisode...
Enjoy*

http://www.thelongtail.com pour en savoir plus sur "The long tail" et retrouver l'article original de Chris Anderson
http://www.openfing.org/fing/html/musique/Musique_Innovation_Synthese.pdf : synthèse FING selon laquelle la Long Tail ne serait qu'illusion

lundi 8 octobre 2007

C'est quoi ce blog ?*



J'en ai passé des heures... des heures et des heures à parcourir la toile pour quelques malheureux chiffres dont la source restait mystérieuse, pour quelques explications maladroites et incomplètes sur le droit d'auteur et ses sympathiques et charmants voisins, des heures, des heures pour quelques analyses très poussées et très longues dans la langue de shakespear dont les principales conclusions pouvaient se résumer en quelques mots. Des heures pour comprendre, mais surtout des heures passées à chercher, à surfer maladroitement sur des réseaux denses et complexes de liens entremêlés pour finalement venir s'échouer sur quelques mots au bas d'une page: "you can't pay you can't play".
C'est quoi ce blog ?
De l'information sur l'industrie musicale, le plus simplement possible, le plus librement possible, le plus honnêtement possible.
Enjoy*

Pourquoi ?*

parce que...
« La musique n’obéit pas aux lois de l’économie classique : on peut la donner sans la perdre, son usage ne la dégrade pas ; on ne perd rien à la partager ; personne n’a intérêt à être le seul à l’entendre ; sa valeur ne dépend pas du temps passé à la produire… »
Jacques Attali, Bruits, Fayard, 1977


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